Ma meute de robots divergents

Publié le 15 Février 2017

Outre le journalisme j’ai fait pas mal de choses dans ma vie : professeur de judo, échafaudeur, garçon de café, conférencier, auteur, blogueur et quelques autres activités mais la plus improbable de toutes ces carrières est la dernière en date : je forme deux robots dont un qui vous concerne directement puisqu’il s’appelle Citynnovation.

Ni métal, ni boulons, il s’agit d’un robot digital qui va chercher des articles susceptibles de m’intéresser pour tenir cette chronique. Au départ je l’ai alimenté avec quelques comptes Twitter qui m’intéressaient. Puis, chaque jour ou presque, je trie ce qu’il me propose en disant si ça me paraît intéressant ou pas. Mon petit robot fonctionne sur la base des réseaux neuronaux, c’est-à-dire qu’il opère de façon non-linéaire sur plusieurs niveaux à la fois. Soyons clairs : même Thomas Mahier, son concepteur, ne sait pas pourquoi il choisit tel ou tel article car « il pense trop vite » pour lui. Que devrais-je dire alors ?

Citynnovation-le-robot est possible grâce à la société Trendsboard co-créée par Benoît Raphaël qui commence à raconter la passionnante l’histoire de Flint, le projet-mère si j’ose dire. Il nous donne aussi des détails sur comment il élève Jeff avec qui il travaille pour suivre l’actualité dans le domaine des médias.

Mais qu’importe si un robot est noir ou blanc du moment qu’il attrape de bons articles, aurait pu dire Deng Xiao Ping. Il aurait eu bien raison. Au moment d’écrire ces lignes, par exemple, il me propose les problèmes d’Aulnay-Sous-Bois, une école connectée en Estonie, les smart cities qui profitent de la manne européenne ou le fait que la pollution des villes indiennes est comparables à celle des chinoises. Tout cela en français ou en anglais.

J’écarte un article sur les turpitudes de Safari qui gardaient l’historique de nos navigations sur iCloud car c’est un peu loin de la problématique urbaine et un article sur le futur de l’intelligence artificielle que je trouve trop générique.

Attention… ce sujet m’intéresse, mais peut-être pas pour Citynnovation. C’est pour ce type de cas que Thomas et Benoît ont, il y a quelques semaines, cloné le robot original pour que, en partant de la même base de départ je lui enseigne à me trouver non plus les seuls articles concernant les villes intelligentes mais un peu tout ce qui m’intéresse.

Aujourd’hui – toujours au moment où j’écris ces lignes – la sœur jumelle de Citynnovation (qui s’appelle Venise) me propose (entre autres) l’excellent article du Monde sur la pollution dans les abysses, les divagations d’Elon Musk sur le fait que les humains doivent se fondre avec les machines (Deleuze parlerait de notre devenir cyborg) sous peine de disparaître ou Pourquoi et comment être qualifiée « entreprise innovante ».

Comparer le deux est tout simplement fascinant. La différence est la preuve qu’ils apprennent et que mes petits clics pour éliminer ou garder servent à quelque chose. Benoît parle superbement bien dans l’un de ses billets de la curieuse relation qui s’établit ainsi entre un humain et un ou des robots.

Moins lyrique j’y vois, pour le moment, un outil de travail au potentiel fabuleux. Un outil que je forme mais qui réagit à sa façon, une belle école d’apprentissage et de réflexion (pour moi) sur un des modes de relations à inventer entre l’humain.

Une version de ce billet a été publiée sur le site du Monde.fr le 15 février 2017.

Photo : Et voici Flint... (avec la permission de Trendsboard) @TRENDSBOARD Image Clémence Perrin

 

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