{"id":3752,"date":"2014-01-10T09:00:00","date_gmt":"2014-01-10T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/fpisani.wpengine.com\/chapitre-5-scenius-ou-le-g%c3%a9nie-collectif\/"},"modified":"2014-01-10T09:00:00","modified_gmt":"2014-01-10T08:00:00","slug":"chapitre-5-scenius-ou-le-g%c3%a9nie-collectif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.francispisani.net\/en\/chapitre-5-scenius-ou-le-g%c3%a9nie-collectif\/","title":{"rendered":"Chapitre 5 &#8211; \u00ab Scenius \u00bb ou le g\u00e9nie collectif &#8211; Francis Pisani"},"content":{"rendered":"<div class=\"ob-sections\">\n<div class=\"ob-section ob-section-html\">\n<h1>Matrices innovationnelles<\/h1>\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17477\">\u00c7a n\u2019est pas un hasard si les startups s\u2019\u00e9panouissent dans des incubateurs. La m\u00e9taphore de la naissance d\u00e9licate, de la venue assist\u00e9e au monde rend bien compte de la difficult\u00e9 du processus, de la fragilit\u00e9 de ce qui en sort\u2026 dans le meilleur des cas.<\/p>\n<p>Mais tous les soins ne serviraient \u00e0 rien si la cr\u00e9ature n\u2019avait point eu, d\u2019abord, la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre con\u00e7ue puis de s\u2019\u00eatre form\u00e9e dans un espace encore plus prot\u00e9g\u00e9\u00a0: la matrice.<\/p>\n<p>Quelles que soient les m\u00e9fiances que doivent nous inspirer les m\u00e9taphores faciles, celle-ci fonctionne plut\u00f4t bien pour rendre compte du <strong>processus complexe qui conduit parfois \u00e0 la naissance d\u2019une nouvelle entreprise<\/strong>. M\u00eame quand il s\u2019agit des plus grandes comme Microsoft, Apple, Google, eBay, Amazon, Facebook ou Twitter.<\/p>\n<p>Les dynamiques d\u2019innovation apparaissent toujours dans des cadres qui leur<strike>s<\/strike> sont favorables et qu\u2019on peut se repr\u00e9senter sous formes de matrices\u2026 au double sens du terme\u00a0: celui de la gestation et celui, plus math\u00e9matique, des deux axes qui se croisent \u00e0 angle droit.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re d\u2019innovation et de cr\u00e9ation d\u2019entreprises, les matrices que j\u2019ai trouv\u00e9es un peu partout dans le monde sont faites de <strong>deux \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>lieux ouverts dans lesquels ing\u00e9nieurs, designers et entrepreneurs peuvent travailler, \u00e9changer des id\u00e9es et les creuser sur un rythme de gestation plut\u00f4t lente (et c\u2019est bien pour \u00e7a qu\u2019on essaye, j\u2019y reviendrai, de les \u00ab\u00a0acc\u00e9l\u00e9rer\u00a0\u00bb).<\/li>\n<li>\u00c9v\u00e8nements connecteurs et facilitateurs de rencontres plus fugaces mais plus faciles \u00e0 organiser et dans lesquels le brassage peut-\u00eatre bien plus ample, plus ouvert sur tous les ext\u00e9rieurs, qu\u2019ils soient professionnels ou g\u00e9ographiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans un cas comme dans l\u2019autre il s\u2019agit de <strong>brasser autant de diversit\u00e9s que possible<\/strong>, qu\u2019elles soient de comp\u00e9tences, de lieux, de genres, d\u2019int\u00e9r\u00eats, d\u2019aptitudes, de talents ou de ce que vous voudrez.<\/p>\n<p>[\u00c9crit en d\u00e9cembre 2013]<\/p>\n<p><em>\u00c7a commence avec les machines \u00e0 caf\u00e9 autour desquelles on se retrouve le temps d\u2019un noir ou d\u2019un cr\u00e8me et \u00e7a continue avec la cafeteria, la cuisine, mais aussi les portes qui donnent sur la cour ou sur la rue dans l\u2019embrasure desquelles on \u00e9change nouvelles et id\u00e9es en fumant une clope, pour n\u2019en citer que quelques exemples d\u2019une liste presque infinie. Autant de lieux con\u00e7us pour autre chose mais dont nous nous approprions comme espaces de socialisation. Ils gagnent \u00e0 \u00eatre con\u00e7us comme tels et int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019organisation des lieux de travail comme le fait syst\u00e9matiquement ce cabinet indien d\u2019architectes.<\/em><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17484\">Une conception fractale des espaces de cr\u00e9ativit\u00e9<\/h1>\n<p>Espaces ouverts et dynamiques d&#8217;innovation semblent ins\u00e9parables. J&#8217;ai pu le constater dans maints endroits. Mais c&#8217;est <strong>Prem Chandavarkar<\/strong>, architecte de Bangalore, qui m&#8217;en a donn\u00e9 l&#8217;explication la plus compl\u00e8te avec sa vision &#8220;fractale&#8221; du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Il est convaincu, comme tant d&#8217;autres, que &#8220;l&#8217;innovation a besoin de s\u00e9rendipit\u00e9,&#8221; de ces rencontres fortuites dont sortent \u00e9tincelles fulgurantes ou projets de startups. Mais il lie cette notion avec la th\u00e9orie de Ronald Coase selon laquelle l&#8217;entreprise est utile parce qu&#8217;elle r\u00e9duit les co\u00fbts de transaction entre parties potentiellement int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 collaborer. Il en va de m\u00eame des espaces ouverts.<\/p>\n<p>La sp\u00e9cificit\u00e9 de ses propositions architecturales tient au fait qu&#8217;il essaye de <strong>favoriser les \u00e9changes impr\u00e9vus dans la disposition des espaces de travail que les grandes entreprises TIC de Bangalore lui demandent de r\u00e9aliser<\/strong>. &#8220;Nous essayons d&#8217;organiser les espaces de conversations quotidiennes d&#8217;o\u00f9 naissent les innovations,&#8221; explique-t-il. &#8220;Cela ne peut pas venir d&#8217;en haut.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Nous devons inverser la fa\u00e7on traditionnelle de penser les bureaux&#8221;, poursuit-il. &#8220;Il faut mettre les &#8216;cubes&#8217;, [ces carr\u00e9s \u00e0 parois amovibles et basses dans lesquels on isole les travailleurs des grosses entreprises] au service des zones de rencontres et d&#8217;\u00e9changes, et pas le contraire comme on le fait habituellement.<span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\">&#8220;<\/span><\/span><\/p>\n<p>Invit\u00e9 \u00e0 concevoir <a href=\"http:\/\/www.cnt.co.in\/cnt_web\/work_index.html\">les bureaux de la soci\u00e9t\u00e9 Mindtree<\/a>, il les a organis\u00e9s comme un d\u00e9veloppement fractal de la <strong>relation entre un espace de travail relativement priv\u00e9 et un espace de conversation et d&#8217;\u00e9changes<\/strong>. Au niveau le plus petit, on a des individus dont tous les cubes ouvrent sur un espace o\u00f9 l&#8217;on peut se voir et boire un caf\u00e9. Il a des mots pour \u00e7a : le territoire d&#8217;une \u00e9quipe de base (7 personnes) est une &#8220;<em>home<\/em>&#8220;.<\/p>\n<p>Trois d&#8217;entre eux forment un <em>cluster<\/em> au dessus duquel on trouve le quartier puis l&#8217;agora qui permet aux 200 personnes travaillant \u00e0 un m\u00eame \u00e9tage de se rencontrer facilement. Les couloirs &#8220;espaces neutres&#8221; sont bannis. &#8220;C&#8217;est comme une plateforme autour d&#8217;un arbre,&#8221; m&#8217;a-t-il expliqu\u00e9, &#8220;on trouve \u00e7a souvent dans les villages de l&#8217;Inde.&#8221;<\/p>\n<p>Une des intentions est d&#8217;<strong>attirer les &#8220;millenials&#8221;<\/strong> (n\u00e9s apr\u00e8s 1980) et m\u00eame les plus jeunes. Ceux de Mumbai et Bangalore ressemblent largement \u00e0 ceux qui sont n\u00e9s aux \u00c9tats-Unis ou en Europe.<\/p>\n<p>&#8220;Leurs attentes sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles des jeunes qui viennent des villages de l&#8217;int\u00e9rieur ou de leurs a\u00een\u00e9s. Ils ont besoin de trouver du plaisir dans ce qu&#8217;ils font. Ils appr\u00e9cient plus le fait d&#8217;avoir des opportunit\u00e9s que la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi. Ils veulent des espaces qui encouragent la collaboration et le travail multit\u00e2ches. Ils veulent \u00eatre jug\u00e9s sur les r\u00e9sultats et pas sur la m\u00e9thode et ils pr\u00e9f\u00e8rent le mentorat \u00e0 la supervision parce que c&#8217;est une rue \u00e0 double sens.&#8221;<\/p>\n<p><strong>La logique est impeccable mais se heurte in\u00e9luctablement \u00e0 la tradition<\/strong>. &#8220;Les gens sont encore habit\u00e9s par la vieille approche,&#8221; conclue Chandavarkar, &#8220;et nous devons lutter, mais nous essayons de toujours mettre la communaut\u00e9 au centre du processus de travail&#8221;.<\/p>\n<p>[Entretien le 17 avril 2012]<\/p>\n<p><em>Chandavarkar est le seul qui m&#8217;ait donn\u00e9 une telle vision &#8220;int\u00e9grale&#8221; de l&#8217;espage de travail. Mais il part d&#8217;une pr\u00e9occupation que j&#8217;ai retrouv\u00e9e dans nombre d&#8217;autres endroits : le besoin d&#8217;ouvrir les lieux de travails tels qu&#8217;ils sont actuellement con\u00e7us comme en t\u00e9moigne cette micro initiative ambitieuse d&#8217;un jeune Br\u00e9silien. <\/em><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17505\">Un coin de bureau contre quelques id\u00e9es<\/h1>\n<p>A Recife, dans le nord-est du Br\u00e9sil, le Porto Digital a fait de cette vieille ville d\u00e9cr\u00e9pie <strong>le troisi\u00e8me p\u00f4le technologique du pays<\/strong>. Les entreprises affluent, les startups se multiplient, les incubateurs font ce qu&#8217;ils peuvent. Mais il n&#8217;y a pas de v\u00e9ritable espace de co-working, d&#8217;endroits o\u00f9 d\u00e9veloppeurs, entrepreneurs et activistes se rencontrent pour bosser, \u00e9changer des id\u00e9es, r\u00eaver de cr\u00e9er ensemble le prochain Facebook ou tirer des plans sur la com\u00e8te.<\/p>\n<p>Le fabuleux travail <strong>lanc\u00e9 en 1996 par un groupe de professeurs d&#8217;informatique pour que leurs \u00e9l\u00e8ves les plus dou\u00e9s restent sur place<\/strong> au lieu de se disperser en qu\u00eate de meilleurs salaires et de jobs plus int\u00e9ressants a repos\u00e9 depuis le d\u00e9part sur une forte alliance universit\u00e9s-entreprises, vite renforc\u00e9e par le soutien de l&#8217;administration publique. C&#8217;est super pour cr\u00e9er des emplois (le <a href=\"http:\/\/www.portodigital.org\/\">Porto Digital<\/a> compte maintenant 3 incubateurs et 230 entreprises qui font travailler plus de 7 000 personnes), mais c&#8217;est insuffisant pour encourager l&#8217;innovation.<\/p>\n<p>C&#8217;est ce que semble avoir senti Lucas Marinho en lan\u00e7ant <a href=\"http:\/\/deskandcoffee.com\/\">DeskAndCoffee.com<\/a>, un projet un peu dingue : inviter les entreprises \u00e0 c\u00e9der pour une journ\u00e9e un coin de bureau \u00e0 <strong>des jeunes en qu\u00eate d&#8217;un espace et d&#8217;une occasion d&#8217;\u00e9changer des id\u00e9es<\/strong>.\u00a0<\/p>\n<p>&#8220;J&#8217;avais remarqu\u00e9 l&#8217;isolement et le manque d&#8217;espace collaboratif&#8221;, m&#8217;a-t-il expliqu\u00e9. &#8220;Et comme j&#8217;ai une formation en informatique, j&#8217;ai cr\u00e9\u00e9 un syst\u00e8me.&#8221; En fait, son id\u00e9e propos\u00e9e lors d&#8217;un <a href=\"http:\/\/startupweekend.org\/\">StartupWeekend<\/a> ayant eu du succ\u00e8s, ils s&#8217;y sont coll\u00e9s \u00e0 plusieurs comme le veut la r\u00e8gle. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il a rencontr\u00e9 son associ\u00e9, Antonio Inocencio (24 ans) qui ajoute &#8220;j&#8217;avais le m\u00eame probl\u00e8me : pas de lieu de travail, j&#8217;\u00e9tais nomade&#8221;.<\/p>\n<p>Quand on leur dit que, pour s\u00e9duisante qu&#8217;elle soit, leur id\u00e9e a bien peu de chances de r\u00e9ussir, ils se gardent de dire le contraire mais remarquent avec un sourire ang\u00e9lique que &#8220;si les gens ouvrent les portes de leur maison pour le <em>couch surfing<\/em>, pourquoi pas celles de l&#8217;entreprise pour le <em>desk surfing<\/em>.&#8221; Une id\u00e9e qui fleurit un peu partout en m\u00eame temps comme en t\u00e9moignent <a href=\"https:\/\/www.loosecubes.com\/\">LooseCubes.com<\/a> (ferm\u00e9e en 2012) et <a href=\"http:\/\/www.desksurfing.net\/\">DeskSurfing.net<\/a> lanc\u00e9es sur des bases tr\u00e8s voisines \u00e0 Brooklyn et Hambourg respectivement.<\/p>\n<p>Plus que faire fortune, ils veulent, avec ce projet l\u00e0 &#8220;<strong>changer la pratique du travail, pousser les gens \u00e0 se rencontrer<\/strong>, encourager les visites et les rencontres&#8221;. &#8220;C&#8217;est notre contribution \u00e0 la communaut\u00e9,&#8221; insiste Lucas.<\/p>\n<p>Lanc\u00e9 en d\u00e9cembre 2011, le site est encore des plus modestes. C\u00f4t\u00e9 offre, on trouve une poign\u00e9e d&#8217;entreprises d\u00e9march\u00e9es par les fondateurs et un cabinet d&#8217;avocats qui occupe beaucoup de place. Les nomades, eux, s&#8217;inscrivent via leur compte LinkedIn ce qui permet aux entreprises de consulter leur profil.<\/p>\n<p>Lucas et Antonio reconnaissent n&#8217;avoir aucune id\u00e9e de comment gagner de l&#8217;argent avec Desktop And Coffee et n&#8217;y consacrent gu\u00e8re de temps. Et pourtant <strong>ils parlent de &#8220;lancer un mouvement&#8221;&#8230;<\/strong>\u00a0<\/p>\n<p>Je doute \u2013 comme eux \u2013 que l&#8217;entreprise ait un \u00e9norme succ\u00e8s mais je me suis retrouv\u00e9 dans la curieuse position de leur dire au moment de les quitter qu&#8217;ils devraient y consacrer plus de temps\u2026 \u00c7a serait tellement cool de voir les entreprises s&#8217;ouvrir aux jeunes, aux id\u00e9es venues de nulle part, aux dialogues.<\/p>\n<p>Au moment de relire ces lignes (ao\u00fbt 2013) je constate qu&#8217;<strong>une entreprise de la ville de Tehuacan, au Mexique, s&#8217;est ouverte \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de Lucas et d&#8217;Antonio<\/strong>\u2026 DeskSurfing.net a des dizaines de sites. Pas encore un mouvement mais\u2026<\/p>\n<p>[Entretien le 26 mars 2012]<\/p>\n<p><em>Les espaces ouverts de travail ou de co-working sont \u00e0 la mode, un peu partout dans le monde et en particulier en Europe. Ils semblent correspondre aux aspirations de la classe cr\u00e9atrice et au mode de vie qu&#8217;elle recherche.<\/em><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17565\">Co-working europ\u00e9ens\u00a0: BetaHaus \u00e0 Berlin et ZonaSpace \u00e0 Saint Petersburg<\/h1>\n<p>Aur\u00e9ol\u00e9e de sagesse et de solidit\u00e9 germanique (ce qui n&#8217;exclut nullement la d\u00e9termination protestataire), la <a href=\"http:\/\/betahaus.de\/\">Betahaus<\/a> de Berlin fait un peu figure, sans le dire, de <strong>m\u00e8re du mouvement de ces espaces de travail collectif propices \u00e0 l&#8217;\u00e9closion de startups<\/strong>.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, ils ont 2500 m2 \u00e0 Kreuzberg, un quartier \u00e0 la mode parmi les geeks, les artistes et les entrepreneurs. Ils le voient comme un m\u00e9lange de caf\u00e9, de biblioth\u00e8que, de coin bureau \u00e0 la maison et de campus universitaire.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part il y avait le refus de rentrer dans la gangue d&#8217;une grosse bo\u00eete. &#8220;\u00c7a nous a pris au sortir de l&#8217;universit\u00e9&#8221;, explique Christoph Fahle, un des trois fondateurs. &#8220;Nous nous sommes rendus compte que nous n&#8217;allions rien trouver de comparable, que nous allions perdre quelque chose de vraiment cool\u00a0: la possibilit\u00e9 de rencontrer dans le m\u00eame espace des gens diff\u00e9rents, socialement et professionnellement. <strong>Nous allions devenir <em>corporate<\/em> et \u00e7a ne nous rendait pas du tout heureux.<\/strong> Alors nous avons commenc\u00e9 \u00e0 nous demander comment nous voulions vivre, \u00e0 imaginer \u00e0 quoi pourrait ressembler le fait de travailler avec des gens sympas, des amis. Mais ce que nous avons cr\u00e9\u00e9 n&#8217;est pas une solution. C&#8217;est un chemin, un processus et c&#8217;est pour \u00e7a que nous l&#8217;avons baptis\u00e9 Beta. Il faut, bien entendu penser aux c\u00f4t\u00e9s pratiques et nous avons cr\u00e9\u00e9 pour cela un espace de travail authentique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela s&#8217;accompagnait d&#8217;un <strong>refus \u00e9vident de renoncer \u00e0 certaine qualit\u00e9 de vie<\/strong>. &#8220;Vu depuis le futur, ce que nous avons fait appara\u00eetrait sans doute comme une manifestation d&#8217;un nouveau groupe de gens. C&#8217;est un peu comme un mouvement qui repose sur un nouvel \u00e9quilibre entre le business et la vie personnelle. Le net nous offre d&#8217;incroyables possibilit\u00e9s. \u00c7a nous permet de bosser sans renoncer \u00e0 la vie. La Betahaus est un business mais nous avons une vision de comment nous voulons vivre. Peut-\u00eatre s&#8217;agit-il plus aujourd&#8217;hui de gens en beta que d&#8217;une maison beta.&#8221;<\/p>\n<p>Ainsi, <strong>la Betahaus change-t-elle \u00e0 mesure que les gens qui s&#8217;en servent \u00e9voluent<\/strong>. Ils peuvent louer un espace seulement \u00e0 eux ou l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 une des tables libres. Les espaces privatifs sont s\u00e9par\u00e9s par des cloisons ajour\u00e9es symboliques : m\u00eame ce qui s\u00e9pare est poreux, au son comme aux images. Le lieu est ouvert de 8h \u00e0 20h mais les membres peuvent louer une cl\u00e9 et venir quand \u00e7a leur chante. Et il y a, bien entendu, un fablab. Mais, de l&#8217;avis de tous, l&#8217;endroit le plus important est la cafeteria.<\/p>\n<p>Il y a maintenant 5 betahaus dont 3 en Allemagne, une \u00e0 Sofia et une \u00e0 Barcelone. Mais plut\u00f4t que de les cr\u00e9er eux-m\u00eames, ils cherchent un syst\u00e8me de co-propri\u00e9t\u00e9 avec une formule de type open source qui fait que personne ne poss\u00e8de personne.<\/p>\n<p><strong>A Saint Petersburg<\/strong>, ZonaSpace cr\u00e9\u00e9 par Yuri Lifshits, le gars qui veut &#8220;cr\u00e9er l&#8217;Ikea de l&#8217;\u00e9ducation&#8221; que nous avons rencontr\u00e9 au chapitre 2 est, en l&#8217;occurrence, plus modeste. Install\u00e9 dans une ancienne usine qui fabriquait du pain, il regroupe un peu moins d&#8217;une centaine de membres.<\/p>\n<p>Le principe est le m\u00eame : des bureaux, un endroit pour retrouver des gens qui font autre chose. Ici, la cafeteria est sur le toit et elle est ouverte pour toutes les bo\u00eetes install\u00e9es dans l&#8217;ancienne usine. Ils se con\u00e7oivent aussi comme acc\u00e9l\u00e9rateurs pour entreprises naissantes mais <strong>une sorte d&#8217;acc\u00e9l\u00e9rateur horizontal, sans patron, de pair \u00e0 pair<\/strong>. Ils appellent \u00e7a une &#8220;fraternit\u00e9 de startups&#8221;. 35 startups qui se donnent des conseils mutuels<\/p>\n<p>Ces deux espaces correspondent \u00e0 des projets ambitieux : la cr\u00e9ation d&#8217;un mouvement pour aider les gens \u00e0 travailler diff\u00e9remment pour BetaHaus et une r\u00e9volution dans l&#8217;\u00e9ducation pour ZonaSpace (ou en tous cas pour Lifshits).<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine fa\u00e7on, ils portent les germes d&#8217;<strong>un triple bouleversement <\/strong>:<\/p>\n<ul>\n<li>La fa\u00e7on de travailler : en ind\u00e9pendants associ\u00e9s<\/li>\n<li>La fa\u00e7on d&#8217;apprendre : \u00e0 la demande<\/li>\n<li>La fa\u00e7on de vivre : en essayant de pr\u00e9server la qualit\u00e9 de vie et en cherchant un nouvel \u00e9quilibre entre espace public et espace priv\u00e9 qui soit variable et changeant en fonction des besoins et des humeurs de chacun.<\/li>\n<\/ul>\n<p><em>Les changements auxquels aspirent les Africains sont souvent diff\u00e9rents de ceux dont r\u00eavent les Europ\u00e9ens mais il est fascinant de constater qu&#8217;ils sont nombreux \u00e0 compter, eux aussi, sur les espaces de co-working ouverts pour y parvenir.<\/em><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17585\">Espaces ouverts d\u2019Afrique<\/h1>\n<p>C&#8217;est en Afrique que j&#8217;ai d\u00e9couvert combien geeks, entrepreneurs et activistes ont de points communs, de plans de complicit\u00e9s. Certains d&#8217;entre eux en tous cas. Les plus int\u00e9ressants sans doute.<\/p>\n<p>Cela part d\u2019un constat, relativement \u00e9vident quand on passe d&#8217;un pays \u00e0 l&#8217;autre : ils se retrouvent dans les m\u00eames espaces, participent aux m\u00eames conf\u00e9rences, partagent les m\u00eames envies, les m\u00eames besoins et beaucoup plus de convictions et d&#8217;int\u00e9r\u00eats que je n&#8217;imaginais.<\/p>\n<p>Les espaces communs jouent un r\u00f4le particulier dans cette r\u00e9gion du monde : ils offrent le plus souvent <strong>une bande passante plus grande et des connexions plus fiables que celles que l&#8217;on trouve chez soi ou au travail<\/strong>. C&#8217;est essentiel pour les geeks et pour tous ceux qui font le pari des TIC pour bouleverser le statu quo, que ce soit pour s&#8217;enrichir sans passer par les pouvoirs traditionnels ou pour introduire plus de justice sociale, de libert\u00e9 de parole.<\/p>\n<p>Le pont entre ces deux groupes est naturellement fourni par <strong>les entrepreneurs sociaux<\/strong>. Leur r\u00f4le est d&#8217;autant plus important qu&#8217;en Afrique o\u00f9 l&#8217;infrastructure est trop souvent d\u00e9ficiente, tout entrepreneur qui veut grandir se doit de participer au d\u00e9veloppement de la base mat\u00e9rielle, c&#8217;est \u00e0 dire se pr\u00e9occuper du d\u00e9veloppement collectif \u00e0 long terme en m\u00eame temps que de ses objectifs \u00e9conomiques imm\u00e9diats.<\/p>\n<p>Leurs complicit\u00e9s, leurs besoins les am\u00e8nent \u00e0 se retrouver d&#8217;abord dans des lieux informels comme des caf\u00e9s, des lobbies d&#8217;h\u00f4tel. Ils se pr\u00e9occupent ensuite de cr\u00e9er leur propre &#8220;hub&#8221; qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un &#8220;espace ouvert&#8221; comme le iHub de Nairobi, d&#8217;un &#8220;co-working space&#8221; comme<strong> JokkoLabs \u00e0 Dakar<\/strong>, ou d&#8217;un incubateur comme le centre Meltwater \u00e0 Accra.<\/p>\n<p>De tels lieux et les conf\u00e9rences qui s\u2019y tiennent permettent la multiplication des rencontres. Ils jouent un tr\u00e8s grand r\u00f4le dans la capacit\u00e9 africaine d&#8217;innover.<\/p>\n<p>Prenons <strong>deux exemples <\/strong>:<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"http:\/\/jokkolabs.net\/\">Jokkolabs<\/a>, dont j\u2019ai parl\u00e9 au\u00a0 <a href=\"http:\/\/francispisani.net\/2013\/11\/chapitre-3-%E2%80%93-cr%C3%A9er-deux-trois-d%E2%80%99innombrables-silicon-valleys.html\">Chapitre 3<\/a>, y figure bien \u00e9videmment. Lanc\u00e9 en 2010, il est maintenant pr\u00e9sent, outre Dakar, \u00e0 Saint Louis, Nanterre, Ouagadougou et Bamako. Sa sp\u00e9cificit\u00e9 est de se consacrer essentiellement pour ne pas dire exclusivement \u00e0 l\u2019entreprenariat social.<\/li>\n<li>L&#8217;\u00e9cole <a href=\"http:\/\/meltwater.org\/\">Meltwater (Entrepreunarial School of Technology)<\/a> install\u00e9e \u00e0 Accra a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par le fondateur de la compagnie du m\u00eame nom, une soci\u00e9t\u00e9 de monitoring des m\u00e9dias sociaux n\u00e9e en Norv\u00e8ge et maintenant bas\u00e9e dans la Silicon Valley. Il s&#8217;agit d&#8217;une \u00e9cole de formation aux TIC compl\u00e9t\u00e9e d&#8217;un incubateur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&#8220;L&#8217;innovation fait partie du v\u00e9ritable esprit d&#8217;entreprise&#8221; m&#8217;a expliqu\u00e9 Michael Szymanski, le responsable du centre. &#8220;Il faut innover pour entreprendre,&#8221; disait-il tout en pr\u00e9cisant qu\u2019 &#8220;une l\u00e9g\u00e8re modification qui permet d&#8217;atteindre un milliard de personnes \u00e0 la base de la pyramide est de l&#8217;innovation. Mais l&#8217;innovation sans &#8220;<em>scalability<\/em>&#8220;, sans capacit\u00e9 d&#8217;\u00e9voluer et de grandir, est du g\u00e2chis.&#8221;<\/p>\n<p>La plupart des entreprises h\u00e9berg\u00e9es dans son incubateur, ont une vision globale, estime-t-il, &#8220;mais leur base de d\u00e9part est le Ghana et faire le saut pour devenir des acteurs globaux est un v\u00e9ritable d\u00e9fi, largement du aux probl\u00e8mes de connexions. <strong>Si vous \u00eates dans la Silicon Valley et que quelqu&#8217;un vous appelle du Ghana, il y a des chances que vous l&#8217;accueillez avec une pointe de scepticisme.<\/strong>&#8220;<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e7a qu&#8217;il s&#8217;agit de changer et ils y sont parvenus, entre autres avec <a href=\"http:\/\/nandimobile.com\/\">NandiMobile<\/a> qui a re\u00e7u des prix aux Etats-Unis. En s&#8217;appuyant sur la circulation des SMS et un minimum d&#8217;intelligence artificielle, la bo\u00eete permet aux compagnies de savoir ce que pensent leurs clients et de communiquer avec eux. &#8220;Elle connecte les questions pos\u00e9es par les utilisateurs aux r\u00e9ponses donn\u00e9es ou enregistr\u00e9es. Elle apprend peu \u00e0 peu \u00e0 r\u00e9pondre toute seule,&#8221; explique Edward Tagoe, responsable du business et du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>\u00c7a permet aux entreprises d&#8217;\u00eatre aussi attentives \u00e0 ce que disent leurs clients que les plus sensibles de leurs semblables \u00e9tatsuniennes ou europ\u00e9ennes. <strong>NandiMobile a re\u00e7u le prix &#8220;Best Business&#8221; \u00e0 la conf\u00e9rence Launch qui s&#8217;est tenue \u00e0 San Francisco en f\u00e9vrier 2011<\/strong>.<\/p>\n<p>[Visites r\u00e9alis\u00e9es en 2011]<\/p>\n<p><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><em>Ces centres se multiplient donc en Afrique et, \u00e0 peu pr\u00e8s tous les mod\u00e8les concevables sont essay\u00e9s. Mais leur m\u00e8re \u00e0 tous, l&#8217;exp\u00e9rience dont presque tout le monde essaye de s&#8217;inspirer est n\u00e9e \u00e0 Nairobi au Kenya. Elle s&#8217;appelle iHub.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17603\">iHub, c\u0153ur de l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me de Nairobi<\/h1>\n<p>Espace ouvert pour geeks, investisseurs, entrepreneurs et hackers de Nairobi (Kenya), le iHub est un endroit presque mythique pour tout le continent. Il est associ\u00e9 \u00e0 la naissance d&#8217;Ushahidi, le logiciel africain le plus connu dans le monde. Utilis\u00e9 dans plus de 25.000 cas, il <strong>permet de dresser des cartes sur lesquelles chacun peut rapporter les bureaux de vote o\u00f9 l&#8217;on fraude aussi bien que les points o\u00f9 trouver des secours en cas de catastrophe comme \u00e0 Fukushima<\/strong>.<\/p>\n<p>Les gens, qui l&#8217;ont lanc\u00e9 en 2008, formaient une petite communaut\u00e9 habitu\u00e9e \u00e0 se r\u00e9unir, faute de mieux, dans des caf\u00e9s et autres salles de conf\u00e9rences. Jusqu&#8217;au jour o\u00f9 ils ont eu envie d&#8217;un toit qui leur soit propre.<\/p>\n<p>&#8220;Nous ne voulions pas qu&#8217;Ushahidi soit le seul succ\u00e8s en provenance du pays&#8221;, m&#8217;a expliqu\u00e9 Tosh, le community manager du iHub. &#8220;Nous \u00e9tions convaincus que, sur la base de l&#8217;open source, notre communaut\u00e9 pouvait apporter une contribution plus importante.&#8221;<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 d&#8217;autres qui commencent par acheter des meubles d\u00e8s qu&#8217;ils ont un espace, l&#8217;\u00e9quipe a install\u00e9 d&#8217;abord des lignes \u00e0 haut d\u00e9bit (20 MOps aujourd&#8217;hui). &#8220;Les gens sont vite venus, ce qui illustre l&#8217;importance du besoin&#8221;. Les lignes ont \u00e9t\u00e9 satur\u00e9es et il a fallu s&#8217;organiser.<\/p>\n<p><strong>iHub compte maintenant pr\u00e8s de 12.000 membres qui n&#8217;ont pas tous le m\u00eame statut, la m\u00eame couleur<\/strong>. L&#8217;immense majorit\u00e9 est constitu\u00e9e par une communaut\u00e9 virtuelle &#8211; les blancs. \u2013 dont les membres ont acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;information et aux discussions online et, un jour par semaine seulement, aux espaces physiques. Les verts ont acc\u00e8s \u00e0 tout gratuitement mais doivent renouveler leur candidature chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8220;Nous voulons <strong>ceux qui font, pas ceux qui parlent<\/strong>&#8220;, m&#8217;a expliqu\u00e9 Tosh, &#8220;et nous voulons voir ce qu&#8217;ils font, comment ils tirent parti du iHub&#8221;. Les rouges payent 85 \u20ac par mois pendant 12 mois pour avoir le droit d\u2019occuper un bureau &#8220;semi permanent&#8221; et \u00e0 un casier o\u00f9 laisser leurs affaires.<\/p>\n<p>L&#8217;int\u00e9r\u00eat est &#8220;d&#8217;avoir \u00e0 port\u00e9e de main des individus brillants partageant les m\u00eames int\u00e9r\u00eats, ayant la capacit\u00e9 de d\u00e9velopper des sites web<strike>s<\/strike>, des applications mobiles ou du design de qualit\u00e9. Nombre de belles choses sortent des conversations qui se tissent au hasard. L&#8217;essentiel est d&#8217;avoir directement acc\u00e8s aux id\u00e9es qui surgissent dans cet espace collectif.&#8221;<\/p>\n<p>Outre la pr\u00e9sence des autres, une partie essentielle de la dynamique provient des <strong>\u00e9v\u00e8nements sp\u00e9ciaux organis\u00e9s autour d&#8217;entreprises install\u00e9es, d&#8217;individus notables, d&#8217;activit\u00e9s collectives<\/strong>, telles que conf\u00e9rences, hackatons et autres ateliers.<\/p>\n<p>La recette est moins simple qu&#8217;il n&#8217;y para\u00eet comme le d\u00e9couvrent tous ceux qui se lancent sur la m\u00eame piste. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments semblent avoir jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant. Les deux premiers, mis en avant par Tosh lui-m\u00eame, sont le soutien du gouvernement et le fait qu&#8217;un grand nombre de kenyans s&#8217;int\u00e9ressent aux TIC. Plus important encore est la pr\u00e9existence d&#8217;une communaut\u00e9 &#8220;d&#8217;ind\u00e9pendants, de freelance. C&#8217;est leur interaction qui a cr\u00e9\u00e9 la communaut\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p>Le financement (en millions de dollars sur plusieurs ann\u00e9es) et les conseils apport\u00e9s par le Omidyar Network, du fondateur d&#8217;eBay, Pierre Omidyar, a grandement aid\u00e9. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9galement frapp\u00e9 par l&#8217;existence d&#8217;un secteur recherche qui montre bien qu&#8217;il ne suffit pas d&#8217;offrir des lignes \u00e0 haut d\u00e9bit \u00e0 une bande de geeks. Il est essentiel de travailler \u00e0 l&#8217;objet lui-m\u00eame d&#8217;un tel lieu: comment aider des gens qui en ont envie \u00e0 collaborer de la fa\u00e7on la plus riche possible et de cr\u00e9er des entreprises, sociales ou pas.<\/p>\n<p>Enfin<strong>, <\/strong><strong>iHub sert aussi d&#8217;aimant pour toute une gamme d&#8217;initiatives <\/strong>qui se retrouvent \u00e0 d&#8217;autres \u00e9tages du m\u00eame immeuble : des incubateurs comme Nailab pour les entrepreneurs sociaux et m:lab pour ceux qui se sp\u00e9cialisent dans le mobile, entre autres.<\/p>\n<p>[\u00c9crit en d\u00e9cembre 2013]<\/p>\n<p><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><em>Une des particularit\u00e9s du iHub est d&#8217;\u00eatre situ\u00e9 dans un immeuble \u2013 le Bishop Magua Center \u2013 qui regroupe plein d&#8217;autres activit\u00e9s li\u00e9es aux technologies de l&#8217;information et \u00e0 l&#8217;innovation.<\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17622\">M:lab et iHub Research<\/h1>\n<p>\u00ab\u00a0Nous plaidons pour une \u00e9conomie mobile\u00a0\u00bb m\u2019a expliqu\u00e9 Simeon Oriko, un des responsables du <a href=\"http:\/\/mlab.co.ke\/\">m:lab<\/a> une initiative lanc\u00e9e avec le soutien d\u2019Infodev, subsidiaire de la Banque mondiale, avec trois fonctions\u00a0: incubateur, test de logiciels et formation de jeunes d\u00e9veloppeurs pour mobiles.<\/p>\n<p>Outre <a href=\"http:\/\/mfarm.co.ke\/\">M-Farm<\/a>, une startup qui permet aux paysans kenyans de conna\u00eetre le prix des produits qu&#8217;ils ont \u00e0 vendre sur les march\u00e9s qui les entourent, <strong>le lab a port\u00e9 sur les fonds baptismaux KopoKopo.com, une plateforme qui permet aux petits commer\u00e7ants <\/strong>(coiffeurs, garagistes et autres) <strong>de se faire payer par toutes les formes \u00e9lectroniques possibles<\/strong> (\u00e0 commencer par M-Pesa le mode dominant de transfert d\u2019argent par mobile) gr\u00e2ce \u00e0 un accord avec Safaricom). En contribuant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation de M-Pesa, KopoKopo affirme avoir contribu\u00e9 \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.kopokopo.com\/bringing-transparency-to-merchant-payments-in-kenya\/\">une r\u00e9duction des taux pratiqu\u00e9s par les banques<\/a> \u00e9mettrices de cartes de cr\u00e9dit. Entre autres services, cette technologie permet aux boutiques dont le compte M-Pesa est li\u00e9 \u00e0 un compte en banque de recevoir des <a href=\"http:\/\/www.kopokopo.com\/lipa-na-m-pesa-12-reasons-to-partner-with-kopo-kopo\/\">montants presque illimit\u00e9s<\/a> pour les achats r\u00e9alis\u00e9s par des clients ayant un compte M-Pesa.<\/p>\n<p>Un des grands probl\u00e8mes des d\u00e9veloppeurs africains de mobile est qu\u2019ils n\u2019ont pas facilement acc\u00e8s \u00e0 toute la gamme d\u2019appareils existants sur le march\u00e9. Pour les aider, <strong>m:lab a r\u00e9uni plus de 130 d\u2019entre eux dans ses locaux qu\u2019il met \u00e0 la disposition des d\u00e9veloppeurs de toute l\u2019Afrique de l\u2019Est. <\/strong>Chacun peut prendre rendez-vous et <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/blog\/2013\/08\/test-your-app-for-free-at-mlabs-testing-facility\/\">tester gratuitement<\/a> (gr\u00e2ce \u00e0 un accord avec Qualcomm) son logiciel sur tous les appareils existants.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me volet des activit\u00e9s du m:lab : des cours pour jeunes d\u00e9sireux de se familiariser avec la cr\u00e9ation d&#8217;apps pour mobiles. Une formation pratique mais susceptible de conduire \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une startup. &#8220;Nous faisons ce que l&#8217;universit\u00e9 ne fait pas&#8221; m&#8217;a expliqu\u00e9 Oriko, &#8220;et au terme de leur stage ils doivent pr\u00e9senter leur projet \u00e0 la communaut\u00e9.&#8221; Une fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante de faire circuler des personnalit\u00e9s diff\u00e9rentes dans le Bishop Magua Center et d&#8217;alimenter la diversit\u00e9 essentielle \u00e0 l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;enrichir encore, le iHub <a href=\"http:\/\/whiteafrican.com\/2012\/05\/23\/the-ihub-ux-lab-and-supercomputer-cluster\/\">a ajout\u00e9, dans le m\u00eame immeuble<\/a>, <strong>un atelier pour tester les interfaces graphiques et d\u00e9velopper la culture et la pratique du <em>design thinking<\/em> <\/strong>(<a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/uxlab\">UXLab<\/a>), un Super ordinateur (<a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/cluster\">Cluster<\/a>) pour permettre \u00e0 ceux qui le souhaitent de se former notamment aux probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques du cloud computing, un service de <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/consulting\">consulting<\/a>, et un centre de recherche le <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/research\">iHub Research<\/a>.<\/p>\n<p>&#8220;Le besoin s&#8217;en est fait sentir lorsque nous nous sommes rendus compte que les membres avaient un \u00e9norme potentiel, l&#8217;envie d&#8217;entreprendre et de consid\u00e9rables capacit\u00e9s techniques mais qu&#8217;il leur manquait une connaissance du march\u00e9, des tendances de ce qui permet de construire des services et des produits durables,&#8221; m&#8217;a expliqu\u00e9 Hilda Moraa, <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/research\/about\">une des membres de l&#8217;\u00e9quipe<\/a> de iHub Research.<\/p>\n<p>Afin de mesurer l&#8217;impact des initiatives les plus importantes (parmi celles qui fleurissent dans toutes les directions), le centre a lanc\u00e9 <a href=\"http:\/\/research.ihub.co.ke\/pages\/projects.php\">plusieurs projets<\/a> sur des sujets aussi divers que<strong> l&#8217;utilisation du mobile pour am\u00e9liorer la gouvernance au Kenya<\/strong> et notamment la transparence, l&#8217;acc\u00e8s pour tous aux informations concernant la <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/blog\/2013\/07\/water-ideation-toolkit\/\">distribution d&#8217;eau<\/a>, les conditions d&#8217;utilisation des <a href=\"http:\/\/www.ihub.co.ke\/blog\/2013\/04\/the-three-vs-of-crowdsourced-data\/\">donn\u00e9es externalis\u00e9es de fa\u00e7on ouverte<\/a> (<em>crowdsourced data<\/em>), l&#8217;impact du mobile \u00e0 la base de la pyramide, l&#8217;utilit\u00e9 des espaces de coworking, l&#8217;open data etc\u2026<\/p>\n<p>Pour Hilda Moraa que j&#8217;ai rencontr\u00e9e tout peu apr\u00e8s le lancement de cette initiative, il s&#8217;agissait de trouver &#8220;ce qui permet de durer&#8221;. Pour cela, il faut concevoir et tester des outils de mesure adapt\u00e9s aux r\u00e9alit\u00e9s africaines. &#8220;Nous ne mesurons pas vraiment comment une innovation a r\u00e9ussi sur le march\u00e9&#8221;, m&#8217;a-t-elle expliqu\u00e9, &#8220;mais comment elle a eu un impact social sur la communaut\u00e9. Notre succ\u00e8s ne se limite pas \u00e0 l&#8217;efficacit\u00e9 de l&#8217;application mais \u00e0 celui des gens, \u00e0 la fa\u00e7on dont ils partagent les id\u00e9es. C&#8217;est ce qui distingue une startup d&#8217;une communaut\u00e9. Le succ\u00e8s se mesure quand il commence \u00e0 \u00eatre partag\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><em>Parmi les multiples diversit\u00e9s auxquelles le iHub fait attention, parmi celles qu\u2019il soigne et entretient avec le plus grand soin, celle des genres figure au premier plan. Ushahidi a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par une \u00e9quipe mixte dans laquelle la Kenyane Ory Okolloh a jou\u00e9 un r\u00f4le pr\u00e9\u00e9minent. On y trouve des femmes en proportion \u00e9lev\u00e9e qui pourrait faire rougir plus d\u2019un espace de co-working \u00e9tatsunien ou europ\u00e9en. Et elles s\u2019organisent.<\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17647\">Akirachix : des geeks kenyanes qui en veulent<\/h1>\n<p>J&#8217;adore les noms qui sont tout un programme. <em>Akira<\/em> est le signe de l&#8217;\u00e9nergie et de l&#8217;intelligence en japonais, celui de l&#8217;aurore aussi. <em>Chick<\/em> se traduit normalement par &#8220;poussin&#8221; mais veut dire &#8220;nana&#8221; dans un certain argot british. <a href=\"http:\/\/akirachix.com\/\">Akirachix<\/a> est un groupe de geekettes kenyanes qui entend <strong>d\u00e9montrer que les technologies ne sont pas le territoire des seuls hommes<\/strong>.<\/p>\n<p>Une partie d&#8217;entre elles se sont connues dans une agence de marketing online\/web agency dans laquelle &#8220;sur 5 d\u00e9veloppeurs nous \u00e9tions quatre <em>ladies<\/em>&#8220;, m&#8217;explique Judith Owigar, pr\u00e9sidente de l&#8217;association et l&#8217;une de ses fondatrices. Nous voulions faire quelque chose pour les femmes dans le monde de la technologie o\u00f9 presque tous les d\u00e9veloppeurs sont des hommes.&#8221;\u00a0<\/p>\n<p>Elles ont commenc\u00e9 par se porter volontaires pour aider au projet <a href=\"http:\/\/ushahidi.com\/\">Ushahidi.com<\/a>. Elles se sont retrouv\u00e9es pendant le lancement de iHub et ont d\u00e9cid\u00e9 de lancer leur propre organisation. C&#8217;\u00e9tait en 2010. <strong>Elles \u00e9taient 12 \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9union et sont maintenant plusieurs centaines.<\/strong><\/p>\n<p>&#8220;Pour faciliter l&#8217;acc\u00e8s des femmes aux technologies, nous commen\u00e7ons par leur apprendre \u00e0 se servir de celles qui leur sont utiles,&#8221; explique Judith. Elles organisent des r\u00e9unions, des programmes de mentorat avec des cours de d\u00e9veloppement web, de dessin graphique et de pr\u00e9paration \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;entreprise (<em>entrepreneurship<\/em>). &#8220;\u00c7a leur permet de mettre un pied dans la porte [traditionnellement ferm\u00e9e aux femmes] de trouver un boulot ou de cr\u00e9er leur propre soci\u00e9t\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par le nombre \u00e9lev\u00e9 de femmes crois\u00e9es lors de mes visites au iHub et \u00e7a n&#8217;est pas un hasard si <a href=\"http:\/\/mfarm.co.ke\/\">MFarm<\/a>, l&#8217;une des entreprises les plus prometteuses que j&#8217;ai visit\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par trois membres d&#8217;Akirachix.<\/p>\n<p>Et comme elles ont un \u00e9norme boulot \u00e0 faire &#8211; 85% des d\u00e9veloppeurs sont des hommes -, <strong>elles utilisent Ushahidi et Twitter pour rep\u00e9rer les femmes geeks du Kenya <\/strong>&#8220;\u00e7a nous dit o\u00f9 nous devons concentrer nos efforts, notre \u00e9nergie&#8221;, dit Judith. Elles en ont plein \u00e0 d\u00e9penser.<\/p>\n<p>[Entretien r\u00e9alis\u00e9 le 13 octobre 2011]<\/p>\n<p><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><em>Tous ces espaces ouverts \u2013 co-working, bureaux partag\u00e9s, labs, etc., sont autant d\u2019illustrations de l\u2019importance des lieux. \u00c7a saute aux yeux quand on se d\u00e9place. Mais pour mieux en cr\u00e9er d\u2019autres il est utile d\u2019avoir un concept, ou en tous cas un mot.<\/em><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<h1 id=\"yui_3_5_0_1_1389854284135_17672\">Scenius et le chronotope<\/h1>\n<p>Les lieux \u2013 le meilleur terme semble &#8220;<em>venue<\/em>&#8221; en anglais &#8211; jouent donc un r\u00f4le essentiel dans les dynamiques d&#8217;innovation qui sont toujours des processus collectifs. C&#8217;est pour cela aussi que le musicien Brian Eno, &#8220;<em>Sir Brian<\/em>&#8221; pour les britanniques, parle de &#8220;<em>Scenius<\/em>&#8220;. Il oppose ce terme au g\u00e9nie individuel \u2013 <em>genius<\/em> en anglais &#8211; et nous indique, ce faisant, que le g\u00e9nie collectif a toujours besoin d&#8217;un espace, d&#8217;une mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Comme au th\u00e9\u00e2tre, dans une salle de concert ou de music-hall, <strong>ces espaces de cocr\u00e9ation doivent \u00eatre ouverts<\/strong>. Nous l&#8217;avons vu dans tous les exemples mentionn\u00e9s dans ce chapitre mais il ne serait pas honn\u00eate de dire que tous les espaces que j&#8217;ai visit\u00e9s sont ouverts.<\/p>\n<p>Linda Kwamboka, par exemple, co-fondatrice de <a href=\"http:\/\/mfarm.co.ke\/\">m-Farm<\/a> \u00e0 Nairobi, travaille juste en dessous du iHub, dans un espace clos, comme toutes les autres startups du <a href=\"http:\/\/mlab.co.ke\/\">m:lab<\/a> qui s&#8217;enferment chacune dans son bureau pour prot\u00e9ger sa propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n<p>Il y a pire, plus dr\u00f4le peut-\u00eatre. Samsung \u00e0 S\u00e9oul a bien compris l&#8217;importance de l&#8217;open innovation, le fait pour une grosse bo\u00eete d&#8217;alimenter sa difficult\u00e9 \u00e0 innover en s&#8217;ouvrant \u00e0 de petites entreprises travaillant dans des domaines proches ou susceptibles d&#8217;\u00eatre absorb\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0, Samsung est une entreprise consid\u00e9rable habitu\u00e9e \u00e0 une discipline militaire. Et, pour entrer dans un des lieux qu&#8217;elle consacre \u00e0 l&#8217;innovation ouverte, il faut montrer ses papiers d&#8217;identit\u00e9 et passer sous un portique de d\u00e9tecteur de m\u00e9tal, comme pour entrer dans n&#8217;importe quel minist\u00e8re d&#8217;un pays sous tension.<\/p>\n<p><strong>La pratique des espaces ouverts est moins simple qu&#8217;on ne serait tent\u00e9 de croire<\/strong> et surtout, elle doit \u00e9voluer en fonction du moment de d\u00e9veloppement dans lequel se trouve une startup. Dans la phase initiale (id\u00e9e, prototype, recherche d&#8217;un mod\u00e8le d&#8217;affaire), espaces de coworking et acc\u00e9l\u00e9rateurs sont le plus souvent ouverts. C&#8217;est une bonne chose dans la mesure o\u00f9 le vol de l&#8217;id\u00e9e n&#8217;a gu\u00e8re de sens sans la vision de ce qu&#8217;elle peut permettre, la d\u00e9termination de mener le projet \u00e0 son terme et la capacit\u00e9 de mettre en \u0153uvre tout ce qu&#8217;il faut.<\/p>\n<p>La logique est \u00e9vidente : quand l&#8217;id\u00e9e appara\u00eet, encore chancelante et incertaine, on gagne presque toujours \u00e0 la soumettre au regard, \u00e0 la critique, aux contributions des autres. Grappiller quelques id\u00e9es annexes ne peut qu&#8217;enrichir l&#8217;intuition de base et l&#8217;essentiel se trouvant dans la vision, dans le travail acharn\u00e9 de mise en \u0153uvre, on ne court pas grand risque. Et s\u2019il y en a, ils semblent toujours moindres que le b\u00e9n\u00e9fice gagn\u00e9 des contributions ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Par contre, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&#8217;on commence \u00e0 avoir une vue claire du chemin \u00e0 suivre, o\u00f9 l&#8217;on a trouv\u00e9 la combinaison qui va marcher, les technologies n\u00e9cessaires, il devient essentiel de prot\u00e9ger sa propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. C&#8217;est pour \u00e7a que les incubateurs sont, la plupart du temps, plus ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y a toujours un moment o\u00f9 \u00e7a arrive. Souvent plus tard qu&#8217;on a tendance \u00e0 croire. Mais peut-\u00eatre ne comprend-on pas clairement la fonction des incubateurs. Ils semblent moins utiles pour encourager l&#8217;innovation que pour aider les id\u00e9es innovantes ayant d\u00e9j\u00e0 fait leurs preuves \u00e0 se lancer sur le march\u00e9 avec l&#8217;exp\u00e9rience et les moyens qu&#8217;il faut.<\/p>\n<p>Disons que <strong>certains espaces se referment trop t\u00f4t <\/strong>et que nous gagnerions tous \u00e0 voir la conception fractale des espaces de cr\u00e9ation de Prem Chandavarkar gagner du terrain.<\/p>\n<p>Mais &#8220;<em>scenius<\/em>&#8221; cache peut-\u00eatre une autre id\u00e9e qui fait intervenir le temps dans le lieu. Homme de spectacle, Eno ne pense sans doute jamais \u00e0 une sc\u00e8ne vide mais \u00e0 l&#8217;espace sur lequel a lieu une repr\u00e9sentation, un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Cela rappelle Mikhail Bakhtin, ce th\u00e9oricien russe de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, qui nous a si brillamment montr\u00e9 que tout r\u00e9cit \u2013 on dit <em>story telling<\/em> aujourd&#8217;hui \u2013 se construit autour d&#8217;<strong>une matrice espace-temps qu&#8217;il baptise chronotope<\/strong>. Nous gagnerions \u00e0 utiliser la m\u00eame matrice pour mieux comprendre les dynamiques d&#8217;innovation. Elles d\u00e9pendent dans une tr\u00e8s large mesure de lieux ouverts et d&#8217;\u00e9v\u00e9nements brasseurs de diversit\u00e9s. Il en va des conf\u00e9rences, des d\u00e9mo days, hackatons, ateliers, First Tuesday, barcamps et autres Digital Beer (pour ne mentionner que quelques formats courants).<\/p>\n<p>\u00a0[\u00c9crit en novembre 2013]<\/p>\n<p><span class=\"yui3-widget yui3-inputwidget yui3-htmleditorwidget\"><span class=\"yui3-htmleditorwidget-content\"><em>Le g\u00e9nie collectif est en fait mi Scenius, mi Chronius et c&#8217;est pour cela que nous faisons si grand cas aux conf\u00e9rences (qui sont un fabuleux mod\u00e8le d&#8217;affaires).<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/francispisani.net\/2013\/11\/chapitre-4-%E2%80%93-la-tangente-et-la-jungle.html\">Aller au chapitre 4<\/a><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Matrices innovationnelles \u00c7a n\u2019est pas un hasard si les startups s\u2019\u00e9panouissent dans des incubateurs. 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Piqu\u00e9 par la curiosit\u00e9 et l\u2019envie de comprendre ce que je sentais important, je suis all\u00e9 m\u2019installer dans la r\u00e9gion de San Francisco (janvier 1996) o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 quinze ans \u00e0 enqu\u00eater sur ce qui s\u2019y faisait : l\u2019\u00e9mergence, le boom, le bust et la reprise. Un cycle complet \u00e0 la suite de quoi j\u2019ai trouv\u00e9 que m\u00eame \u00e0 Silicon Valley on peut se r\u00e9p\u00e9ter. En fait j\u2019ai la bougeotte. De retour en Europe (2010), j\u2019ai lanc\u00e9 un tour du monde de l\u2019innovation, le projet Winch 5 -- 45 villes, 32 pays entre septembre 2011 et octobre 2012 - enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tude des conditions \u00e9conomiques, financi\u00e8res, culturelles et sociales du d\u00e9veloppement de l'innovation. J\u2019en a rapport\u00e9 des enseignements sur les meilleures fa\u00e7ons de la rendre possible, de l'encourager, de pr\u00e9parer individus, entreprises et nations \u00e0 participer ainsi \u00e0 la construction de leur propre futur. Une aventure fascinante qui m\u2019a permis de rencontrer des gens audacieux, dot\u00e9s d\u2019une grande intelligence ou d\u2019un grand c\u0153ur. Parfois les deux ensembles. Je donne r\u00e9guli\u00e8rement conf\u00e9rences et s\u00e9minaires sur ce sujet dans certaines entreprises fran\u00e7aises de poids : Bouygues Telecom, CapGemini, L'Or\u00e9al, SFR, SNCF, entre autres ainsi que dans des forums moins prestigieux mais dans lesquels l\u2019assistance est passionn\u00e9e Convaincu que l\u2019am\u00e9lioration de nos villes et de la d\u00e9mocratie locale est un enjeu technologique et social majeur, je viens de me lancer dans une nouvelle s\u00e9rie d\u2019enqu\u00eates \u2013 un tour du monde en plusieurs \u00e9tapes nomm\u00e9 Participolis - sur les villes intelligentes ou qui s\u2019efforcent de l\u2019\u00eatre : 20 villes entre janvier 2014 et avril 2015. 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Piqu\u00e9 par la curiosit\u00e9 et l\u2019envie de comprendre ce que je sentais important, je suis all\u00e9 m\u2019installer dans la r\u00e9gion de San Francisco (janvier 1996) o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 quinze ans \u00e0 enqu\u00eater sur ce qui s\u2019y faisait : l\u2019\u00e9mergence, le boom, le bust et la reprise. Un cycle complet \u00e0 la suite de quoi j\u2019ai trouv\u00e9 que m\u00eame \u00e0 Silicon Valley on peut se r\u00e9p\u00e9ter. En fait j\u2019ai la bougeotte. De retour en Europe (2010), j\u2019ai lanc\u00e9 un tour du monde de l\u2019innovation, le projet Winch 5 -- 45 villes, 32 pays entre septembre 2011 et octobre 2012 - enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 l'\u00e9tude des conditions \u00e9conomiques, financi\u00e8res, culturelles et sociales du d\u00e9veloppement de l'innovation. 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