Vortex ou l’art de capter l’énergie des tourbillons

Publié le 16 Mars 2017

Lancé par un trio espagnol, Vortex repose sur un principe scientifique connu sous le joli nom de « l’allée des tourbillons de Karman ». Quand un fluide (et le vent en est un) rencontre un obstacle il se sépare pour se regrouper de façon dissymétrique de l’autre côté. Ça modifie la distribution des pressions et peut entraîner des vibrations voir des résonances susceptibles de faire bouger l’obstacle. Elles peuvent même le faire tomber, dans le cas d’une cheminée, voir d’un pont par exemple (comme celui de Tacoma aux États-Unis en 1940 comme vous pouvez le voir sur cette vidéo impressionnante).

Nous savons que les meilleures innovations transforment les problèmes en opportunité. C’est ce qu’ont fait les fondateurs de Vortex Bladeless avec leur éolienne sans pales (dont Le Monde a déjà rendu compte) qui utilise le phénomène comme source d’énergie renouvelable.

En action depuis 2012 l’équipe a commencé par travailler pour le marché des éoliennes industrielles explique David Suriol en envisageant des mâts de 170 m susceptibles de créer 1 mégawatt. Mais, précise-t-il dans un mail: « nous nous sommes peu à peu réorientés pour nous convertir en une technologie qui couvrirait l’utilisation résidentielle que les éoliennes ne couvrent pas ».

Pour cela le trio a modifié les technologies utilisées et repensé certaines formulations mathématiques qui l’ont conduit à déposer un nouveau brevet permettant notamment de maintenir la résonance quand les vents changent. Un vrai défi technique.

« Nous nous concentrons en ce moment sur la production d’un prototype de 1 m de hauteur capable de générer 5W de puissance avec des vents d’environ 5m par seconde », nous a-t-il expliqué par courriel.

L’objectif est de pouvoir commencer à commercialiser dès la fin 2017 le Vortex de 5W avant de passer à celui de 100W avec l’intention de sauter à l’échelle des kilowatts dans le courant 2018. Ils espèrent ainsi sortir de la recherche et développement pour se lancer sur un marché qu’ils estiment extrêmement prometteur.

« Une telle puissance peut avoir l’air petite », reconnaît Suriol, « mais elle permet de couvrir une niche considérable dans laquelle seule figure pour le moment l’énergie solaire ». Après quelques hésitations l’objectif semble maintenant clair « le marché de l’économie distribuée » c’est à dire celui qui, sortant des monopoles de fourniture d’électricité s’alimente à de multiples sources, éventuellement petites, mais dont la production s’additionne à d’autres plus grandes. « Nous aspirons à être un complément pour tous ceux qui ont déjà de l’énergie solaire ou qui veulent tirer parti du vent qui souffle sur leur zone résidentielle en installant un dispositif silencieux, économique et qui ne demande qu’un entretien minimum ».

Vortex Bladeless a aussi profité de 2016 pour avancer dans son financement avec un tour de table réussi (dont le montant n’est pas connu). L’entreprise a, en outre, bénéficié d’un soutien de 1.328.688 € du programme européen Horizon 2020.

Comme toute technologie qui se respecte, Vortex « a l’air magique » pour reprendre l’expression du romancier de science-fiction britannique Arthur Clarke. Mais réjouissons-nous qu’elle n’ait pas vu le jour du temps de Cervantès. Que ferions-nous avec un Don Quichotte sans vrais moulins à vent ? 

Une version de ce billet a été publiée sur le site du Monde.fr le 16 mars 2017.

Photo : Exemple de mini mâts Vortex conçu pour alimenter des maisons (VORTEX BLADELESS)

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