Comment Macron me pousse à mettre en mouvement mes idées arrêtées

Publié le 22 Février 2017

Forte hésitation quand même, le jour où, en septembre dernier, je me suis inscrit d’un seul clic à En Marche. Ça a l’air facile. Ça ne l’était pas pour moi. J’ai sillonné le monde comme observateur des transformations politiques et sociétales de notre époque sans jamais m’engager dans une structure parce qu’aucune ne correspondait à mes convictions. Mais les crises sont trop nombreuses et je ne pouvais pas, une fois de plus, attendre une réponse idéale dont je sais bien qu’elle ne viendra jamais. Le moment était venu de mettre en marche mes idées arrêtées.

J’ai souvent du mal à comprendre les plus jeunes qui disent – depuis longtemps – que le clivage gauche/droite autour duquel nous faisons tourner notre vie politique n’a pas de sens pour eux.

Je ne renonce pas à ce qui, depuis mes premières manifestations contre l’Algérie française, structure une partie essentielle de ma vie d’adulte. Il s’agit tout simplement de ne pas mettre l’idéologie d’abord, de travailler sur des projets concrets avec tous ceux qui veulent.

Ce sentiment n’a jamais été aussi fort que la semaine dernière avec les deux coups d’éclat d’Emmanuel Macron sur la colonisation et l’humiliation de ceux qui étaient opposés au mariage pour tous. J’y reviens dans un instant.

Mais l’important pour moi, pendant ces quelques jours, était ailleurs, dans le travail fait avec le groupe de réflexion sur les Français de l’étranger et au sein du comité de Barcelone auquel je participe depuis octobre. C’est là que s’est fait le déclic.

Dans le groupe de réflexion je me suis retrouvé avec une poignée de trentenaires (ou moins) contribuant depuis Hong Kong, Singapour, Paris et Buenos Aires. Des jeunes qui en veulent et qui « en ont à foutre ». Sans nous connaître nous avons, en quelques semaines, monté une proposition détaillée, sérieuse, capable de contribuer à améliorer la situation des Français de l’étranger (dont l’immense majorité ne sont pas des exilés fiscaux) et de faciliter leur participation à la dynamique nationale. Ce qui m’a plus dans cette collaboration : aucune instruction venue d’en haut, aucune hiérarchie dans les échanges, une très grande disponibilité chaque fois qu’il le fallait et des contributions croisées qui n’ont pas cessé d’enrichir le texte. Je ne sais pas qui est de droite ou de gauche et je m’en fous.

J’ai ainsi vécu un moment privilégié dans une structure naissante, libre encore de toute position enkystée et dans laquelle la politique politicienne – qui ne tardera pas à montrer le bout de son nez, je ne me fais pas d’illusions – est, pour le moment, absente. Du moins tout est-il fait – recherche de la parité hommes-femmes et de personnalités qui n’ont pas fait de la politique un métier – pour en limiter l’impact, en retarder l’émergence.

C’est dans ce contexte que j’ai entendu les supposées fautes de la semaine. Du point de vue de la prudence qu’il est de bon ton d’observer pour un candidat, elles peuvent sans doute être assimilées à des erreurs tactiques. Mais quelle respiration du point de vue de l’attitude et de la vision. En tenant ces propos, Macron a clairement manifesté sa différence.

Macron n’était pas né au moment de la guerre d’Algérie. Mais c’est à cette époque que j’ai commencé à me construire politiquement, contre les crimes de la colonisation, qu’elle soit française, britannique ou autre, contre ceux de l’impérialisme ensuite. J’ai compris, longtemps après avoir couvert de nombreuses révolutions comme journaliste, que les choses ne sont jamais si simples, que les deux côtés sont capables d’atrocités autant que d’actes louables. A chacun d’en finir avec ses refoulés pour mieux passer à l’étape suivante. Il était temps qu’un président possible (j’aimerais qu’il ne soit pas le seul) dise clairement que nous avons commis des crimes au nom de la France.

Reste que notre pays est aussi fait de ceux qui les ont commis en notre nom, de ceux qui ont souffert des atrocités des autres, de ceux qui ont éduqué avec passion, appliqué le code civil avec rigueur. D’où l’équilibre recherché par Macron dans ses propos et trop rarement retransmis si ce n’est pour critiquer une prétendue ambivalence qui est en fait une volonté de dépassement, d’inclusion.

Comme beaucoup dans mon milieu, je suis totalement pour le mariage gay, pour que ceux de mes amis et amies homosexuels qui en ressentent le besoin ou l’envie y aient droit. Macron aussi si je le comprends et l’écoute bien. Il a simplement dit autre chose, que nous avons humilié ceux que cela choque profondément dans leurs croyances. Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de mieux écouter l’autre, de plus lui parler, de rester ouverts – avec nos convictions – à ceux qui pensent et croient différemment.

Dans un monde complexe, traversé d’innombrables crises et menacé par de multiples violences, c’est sans doute la meilleure façon d’aborder la grande transformation dont nous avons besoin.

Irrémédiablement de gauche (et sans intention de guérir) je découvre tout ce qu’on peut faire avec des gens qui pensent différemment en travaillant sur des projets concrets qui contribuent à faire bouger le schmilblick. Je redécouvre ainsi la valeur du politique autour du faire.

Une version de ce billet a été publiée sur le site Huffingtonpost.fr le 22 février 2017.

Photo : Emmanuel Macron (Commons Wikimedia)

Tags : Actu, Français
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